mercredi 6 août 2008

Un Papour de 6 août

Highslide JS

Ouvrir un Blog. Une angoisse à dépasser.
Appuyer pour la première fois sur la touche ‘’publier’’. Un clic et la terre entière a accès à toutes les informations que vous avez cru bon, un jour, de diffuser. Lire vos idioties du moment, utiliser vos images, vos textes, souligner vos fautes d’orthographes, envoyer des commentaires, déclarer haut et fort « cette personne n’est pas digne d’ouvrir un Blog ! ». Voilà ce dont sont capables les liseurs du Net ! C’est un risque à prendre…

Les premiers temps, j’avoue avoir été sujette à quelques crises d’angoisses. Devenue insomniaque, je me relevais la nuit pour relire une vingtième de fois mes billets. Je corrigeais, j’hésitais, je gommais, je récrivais puis je republiais.
Une semaine passait et l’épuisement m’accablait. A ce rythme, c’était la perte assurée si je n’avais pas décidé de confier mon problème à un spécialiste, génie de l’informatique.
Site, Blogs, Forums, mon papa était maître en la matière : « l’Informatique est un merveilleux moyen de communication qui doit se conjuguer avec partage ! ».
Pour lui, l’envoi d’un message n’est qu’une affaire de clic et jamais sa main ne tremble quand il s’agit d’appuyer sur la touche « publier ».
Aujourd’hui, toujours à ses côtés, j’apprends à éditer mes billets avec un peu plus de sérénité. L’idée d’envoyer un message à travers le monde Internet-galactique ne me panique presque plus.
D’ailleurs preuve de ma guérison, je décide d’utiliser ce fantastique moyen de communication pour souhaiter, face à la terre entière, un très Joyeux Anniversaire à mon petit Papour !

Et comme « Anniversaire » rime souvent avec « Cadeau », voici celui que j’ai trouvé derrière la porte dans la pendule…

Il était une fois, une petite maison au cœur de la campagne.
Si les meuleuses, perceuses, scies sauteuses, tondeuse à gazon, et autres moteurs réservent leur fanfare aux étendues urbaines, dans ce petit coin de nature la musique se fait douce et subtile. Des vaches qui ruminent dans le silence de l’été. Les longues barbes de l’orge qui sifflent dans le vent. Le bourdonnement des insectes dans les champs fleuris. Le léger craquement des branches sous les grappes de fruits. Rien de moins doux ne sonnera à votre oreille.
A l’ombre des tilleuls vous aimez vous installer. Le vent chaud de l’été murmure dans les feuillages. Petit coin de lumière tamisée, cet endroit est idéal pour les heures de lecture et d’écriture. Vous n’êtes d’ailleurs pas le seul de cet avis. Quelques ronds de jambe, un ronronnement en guise de salutation. Sur vos pieds ou sur la table, puisque sur votre livre c’est interdit, le gros chat chartreux s’installe pour la sieste.
Ce n’est qu’en fin d’après-midi, quand vous décidez de vous lever, qu’il daigne, lui aussi, se bouger. A ce moment de la journée, l’air est agréable. Le foin coupé, qui sèche dans les près, répand son odeur suave de miel. Vous partez admirer les fleurs et les arbres qui vous récompensent, enfin, de vos soins attentifs. Drapé de mousseline émeraude, brodé de pourpres et d’orangés, parures de fruits vernis et coiffe d’hortensias mauves, Dame Nature est rayonnante ! Bientôt, il faudra commencer la taille et rentrer tout ce petit monde à l’abri dans le jardin d’hiver. Derrière les grandes baies vitrées ce concentré d’été, viendra colorer les pâles après-midi de janvier. Mais pourquoi cette nostalgie ? La belle saison n’est pas encore terminée ! Demain c’est le 6 août et pour cette belle occasion, famille et amis se réunissent. A l'ombre des arbres fruitiers, on dresse la table dès la fin de matinée. Assiettes de porcelaine, couverts en argent, les verres, du plus petit jusqu’au plus grand, brillent sous les rayons du soleil. Ocre, rosé et rouge vermeil les vins présentent, eux aussi, leurs robes les plus belles. Le repas s'étendra jusqu'au soir. En ces journées, de dimanche à la campagne, le dîner et le souper se donnent la main pour une ronde de bonne humeur.
Au calme de la nuit, vous vous installez au pied du vieux saule. Drap de satin pailleté, et poudre dorée, les astres vous offrent leur spectacle d’été. Embrassées par la tiède moiteur qui ressort de la terre et des écorces, vos paupières se ferment doucement. C’est à cette heure de la nuit que la nature exhale ses doux parfums d’amour.
Témoin dissimulé, vous entendrez peut-être cette étrange histoire : « Peggy la libellule, commère des roseaux la narrait à Lucy la luciole, midinette des près » …

Tous mes souhaits de Bonheur, mon petit Papour. JOYEUX ANNIVERSAIRE. Je t’embrasse très très très FORT. Merci d’être ce que tu es.

Caroline

vendredi 18 juillet 2008

La porte dans la pendule

«La première force d’une histoire est évidemment de nous transporter en quelques mots dans un autre monde, celui où nous imaginons les choses au lieu de les subir… »


Jean-Claude Carrière 1


Highslide JS



Partir dans la pendule! Tourner la clef de bronze et entendre grincer la porte. Un arrêt sur les marches, je m’assure que l’horloge est bien fermée derrière moi. Je clenche la poignée de porcelaine. Je m’en vais !

Dans la pendule, c’est un peu comme sous l’édredon de chez mamie. Ici, rien de mauvais ne peut vous arriver. On s’enfonce sous le poids des plumes et les draps de gros coton vous calent parfaitement. Le matin, il suffit de se glisser doucement hors du lit. Les couvertures sont restées bien tendues comme si personne ne s’y était posé !

La lumière est douce, juste suffisante pour ne pas sombrer dans le rêve mais que s’installe légèrement vaporeux le décor de la rêverie. Cet univers chimérique est celui du tout possible. Gommer les traits qui vous déplaisent, mélanger les genres, faire réagir les autres à votre guise ou recommencer cent fois une scène jusqu’à ce qu’elle vous convienne tout à fait. Les détails sont de plus en plus nombreux et les songes deviennent troublants de réalité. La réalisation d’un ‘’bon scénario’’, suffit alors à vous faire passer une joyeuse journée.


Comme un matin d’hiver, quand sonne le réveil, il faut s’extirper de dessous la couette. Face à cette agression, on cherche mille solutions. Rester encore un peu dans ce cocon de douceur! Pourtant, même dans ce refuge, il existe un danger, celui de croire à la réalité de ses propres rêveries…


«Les dieux, ou Dieu, personnages changeant d’une histoire humaine, en viennent ainsi à détrôner leurs inventeurs et nous nous prosternons sans résultat devant nos fantômes (…) Nous sommes comme Balzac qui, dit-on, sur son lit de mort, appelait au secours un de ses personnages, Horace Bianchon, seul médecin en qui il eût encore confiance… » 2


Avant de déboucher la petite fiole de poudre pailletée, assurez-vous de posséder l’antidote et son mode d'emploi. Une prise anarchique de la potion vous condamnerait à errer définitivement entre deux mondes. Pratiquer l’art du conte, demande une connaissance essentielle: savoir poser un début et une fin.

Pour ma part, si je reste consciente du détour tortueux que peut prendre l’imaginaire, je choisis quand même de prendre le risque. Cependant, mon petit flacon d’illusion en main, ce n’est pas tant le danger du non-retour que je crains, c’est celui du mauvais chemin…


Faites que jamais je ne me perde sur les routes du «Magicien d’Oz» ou sur celles d' «Alice au pays des merveilles»! Frank Baum et Lewis Carroll sont les deux responsables des plus grands traumatismes de mon enfance. Se perdre sur des chemins sans fin, être bousculé par un lapin en costume, boire le thé avec un chapelier fou, se cacher d’une reine sanguinaire qui hurle: "Coupez lui la tête ! ".


Exemple probant de dérive imaginaire!


Sur ces mots, je vous laisse en compagnie d'Alice et de la Duchesse après une mise en garde qui ne doit pas choquer certains de mes lecteurs. Dans notre société sécuritaire, il est bon d'afficher cet avis:

« Conter peut nuire à la santé »


Restez vigilants !





1 Jean-Claude Carrière, Contes philosophiques du monde entier, Le cercle des menteurs 2, Plon, 2008
2 Idem
***

mardi 8 juillet 2008

Înviere

Highslide JS

Pour comprendre toute la gaieté de «Înviere» (Résurrection/ la Grand Messe), la grande fête chrétienne de Pâques, il faut revenir quarante jours en arrière quand commence «Postul Mare» ou «Postul Paştilor» (le Grand Carême).
«Avant tout le carême est un voyage spirituel et sa destination est Pâques», précisent les orthodoxes. Comme dans le culte occidental, Postul Mare dure 40 jours; mais, contrairement à l'Occident, les dimanches sont inclus dans ce nombre. Le Grand Carême est fixé en fonction de la date de Pâques, qui est une fête mobile. Il commence officiellement un lundi, sept semaines avant Pâques, après «Duminica Izgonirii lui Adam din Rai» (Dimanche de l'expulsion d'Adam hors du Paradis) et se termine le soir de «Sâmbata lui Lazăr» (le samedi de Lazare), la veille du Dimanche des Rameaux, «Duminica Floriilor».
Cependant, les gloutons ne sont pas encore au bout de leurs peines. Le jeûne continue encore une semaine, «Săptămâna Patimilor» (la Semaine Sainte), jusqu'à Pâques !

Cette période de «Post Mare» est caractérisée par l'abstention de certains aliments mais aussi l'intensification de l'aumône, des offices religieux ainsi que de l'effort personnel pour agir en conformité avec la volonté de Dieu.
Les restrictions alimentaires sont assez rigides pour les orthodoxes puisqu’elles interdisent la consommation de toutes les nourritures d’origine animale (poisson, produits laitiers, œufs) mais également du vin et de l’huile. Cependant, le jeûne étant canoniquement interdit le jour de Sabbat et le jour du Seigneur, le vin et l’huile sont autorisés les samedis et les dimanches. Une autre règle explique que si la fête de l’Annonciation, « Buna Vestire » (le 25 mars), tombe durant la période de jeûne, le poisson, le vin et l’huile sont autorisés ce jour-la. On parle alors de «jours déliés» (« zile dezlegate »).

Dans le quotidien et surtout de nos jours, le jeûne n’est, bien entendu, pas respecté de façon scrupuleuse. Beaucoup le réduisent à quelques jours ou à de petits efforts sur les quantités de nourritures. Pourtant, pratiquants ou non, on ne peut ignorer l’entrée en Carême. Les périodes de «post», sollicitent une organisation particulière qui se manifeste de différentes façons notamment dans le paysage urbain. La plupart des commerces placardent, par exemple, leurs devantures d’écriteaux annonçant la vente des nourritures «de Post». Les magasins alimentaires, les restaurants, les pâtisseries ou autres «fast-food» proposent à leur clientèle tout un panel de nourritures spécialement adaptées. A la télévision, à la radio, dans les rues, dans les vitrines, sur les conditionnements, les publicités abondent et informent de l’arrivée des «produits post». Beaucoup de marques alimentaires se félicitent de pouvoir offrir aux clients leurs produits «version post» et de faciliter ainsi leur quotidien. Dans les rues, les pâtisseries et autres «prêt-à-manger» où les citadins viennent se restaurer, on propose «plăcinte»1, «gogoşi»2, «cozonaci»3, feuilletés, sandwichs, saucissons (vive le soja !) et autres nourritures « spécial post». Les librairies mettent en rayon des livres de cuisine spécialement élaborés pour ces périodes de jeûne, de nombreux sites Internet partagent des pages entières de recettes et les magazines féminins à la mode comme «Lumea femeilor» donnent des idées de repas «à la fois diététiques et de post». Bref, c’est la folie !

Cette période se caractérise également par d’autres pratiques. Notamment celles des grands nettoyages. Couvertures, tapis, tapisseries, rideaux draps et tout le linge du foyer est secoué, lavé, séché et repassé. La vaisselle est passée à grand-eau et soigneusement empilée en attente du grand jour. La maison est nettoyée de fond en comble, tout doit être ‘’purifié’’ et paraître neuf. Les plus scrupuleux repeindront même les mûrs! Plus on avance dans le «post» plus on ressent la force de ces fêtes de Pâques. Dans l’air on perçoit le bourdonnement annonciateur d’un grand évènement. Chacun dans une agitation curieusement contrôlée répète les gestes ancestraux. Les plus attentifs remarqueront sur les lèvres, un discret petit sourire, prélude du Grand Jour !

L’importance et la rigueur du Carême dans l’Eglise Orthodoxe est à la mesure de l’importance qu’elle porte à la fête de Pâques. C’est en effet pour la fête de Pâques que se rassemble le plus grand nombre de fidèles dans les pays de tradition orthodoxe. Parfois, bien plus qu'à Noël, contrairement aux pays occidentaux de tradition catholique…

Il va être minuit, nous partons pour l’ «Înviere». Sur le chemin principal qui mène à l’église il fait nuit noire. Pas de panique, il suffit de suivre les autres ! Les villageois sont venus nombreux pour la messe et certains doivent rester dehors. Heureusement pour eux, l’ambiance est si chaleureuse dans la petite église, qu’elle s’est entourée d’un halo. J’observe les lieux. Rien à voir avec nos édifices austères. Dorures, tapis, fleurs et boiseries: j’ai l’impression d’être dans un salon. Sur le mûr de gauche j’aperçois même une grosse montre en plastique qui indique l’heure. Vraiment de tout le confort ! Les heures passent et dans ce cocon de chaleur je me serais presque endormie si subitement les gens ne s’étaient pas pressés vers l’autel. Un cierge dans la main, nous partons chercher la lumière apportée par le «preot». Pour bien se réveiller, un peu d’exercice: trois tours de l’église, bougie à la main.

Tant de monde réuni, mille étoiles dans la nuit. S’est vraiment joli ! Seul point négatif pour un débutant de l’ «Înviere»: apprendre à gérer la cire qui coule sur les mains et la distance avec la manche du voisin. Sinon, c’est merveilleux! De retour dans l’église, dernier chapitre avant la distribution des «Paşti». Dans un récipient que l’on recouvrira d’un linge blanc, le preot verse à chacun le pain et le vin sanctifiés. Dès le lendemain et pendant trois jours, il faudra dès le réveil se laver le visage et manger trois cuillerées de «Paşti» avant de prier. Le rituel effectué on pourra alors commencer à partager, après cette longue période de jeûne, les nourritures festives!
Pour le moment, il est temps de rentrer pour aller se coucher. Dernier repos avant le début de la Grande Fête. Sur le chemin qui nous mène à la maison, de nouveau l'obscurité. Je me guide au son des salutations :

« Hristos a inviat ! Adevarat, a inviat ! »


1 « plăcintă » : sorte de beignet en forme de crêpe généralement fourrées.
2 « gogoaşă » : beignet nature ou fourré.
3 « cozonac » : sorte de brioche traditionnelle

mardi 24 juin 2008

Si tu t’imagines…

Highslide JS



Hier encore, je jouais à la marelle.
Un, deux, trois… je saute jusqu’au ciel.
Les mains blanches de craie,
Rentre, c’est l’heure de dîner.
Aujourd’hui, je vais en ville avec maman,
Pour acheter une robe et des rubans.
Dans peu, viendront parents et amis
Au mariage de ma sœur Émilie.

La couturière s'est écriée en me voyant:
«Comme elle a poussé, ce n'est plus une enfant!».

Sur le comptoir s'étale un beau tissu vermeil.
Maman, ravie: «Il est parfait. Quelle merveille!».
On a pris les mesures, choisi un galon de dentelle.
Je m’imagine déjà, gracieuse, sous mon ombrelle!
« Dans une semaine, vous en êtes sûre?»
« Elle sera prête, je vous l’assure!»

Depuis que ma robe est commandée,
J’ai rangé toutes mes poupées.
Je ne suis plus une fillette!
Finis jouets, adieu dînettes!

Un peu de rouge sur mes joues,
Ruban velours autour du cou.
Sur les paupières ombre nacrée,
Un bracelet à mon poignet.
Face au miroir, anxieuse, je me regarde.
Il est temps de partir et pourtant je m’attarde.
Mon enthousiasme a disparu.
Grandir, pourquoi? Je ne veux plus!

«Votre fille, Madame, une vraie Demoiselle!»,
« Votre portrait, Dieu, qu’elle est belle!».

Sourires et mots élogieux,
Hier encore, j’en faisais vœu.
A cette heure, je suis lasse.
Toutes ces flatteries m’agacent.
Dans certains regards, étrange lueur,
D'un monde qui me fait peur.
S’entrouvre la porte devant moi,
D'un univers que je ne connais pas…

Le matin, je suis heureuse de retrouver,
Sophie la poupée et l'ours Barnabé.
Dans la main une tartine de miel,
A cloche pied je joue à la marelle.
Derrière le portail, j’entends crier mon nom,
Pauline est venue me chercher avec Lison.
Mes amies sont parties se cacher.
En attendant, moi, je dois chanter…
«Promenons-nous dans les bois,
pendant que le loup n’y est pas…»


***

jeudi 19 juin 2008

Timpul cireşelor…

Highslide JS


Le merisier ou ‘‘cerisier doux’’ qui donne des fruits fermes et sucrés comme les Bigarreaux ou les Guignes. Le griottier ou ‘‘cerisier acide’’ dont les fruits plus mous sont acides, pour les griottes, voire acidulés, pour les anglaises. Il existe environ une trentaine de variétés cultivées dans l’hexagone Pour faire plus simple, on parle généralement de ‘‘cerises douces’’ à manger directement sur l’arbre et de ‘‘cerises acides’’ très bonnes en tartes, bocaux ou confitures. Dans les deux cas: «Ce sont des cerises !». En tout cas, c’est ce que je croyais…

Râteaux et faux sur l’épaule, nous partions à la fraîche sur le petit sentier, celui de derrière la maison: activité commune pour tout le village. C’était la période de fauchage. Le ciel bleu immaculé laissait au soleil toute la joie de s’exprimer. La journée s’annonçait caniculaire. Nous enjambions les barrières de bois qui délimitent le terrain en parcelles et dans notre promenade, nous traversions des vergers. Hautes herbes, lumières tamisées. Quelle douce fraîcheur à l’ombre des feuillages ! Quand, en passant sous de beaux arbres lourds de fruits, je m’exclame: «Oh, des cerises !». Silence général et enfin les moqueries qui fusent…
Je suis taxée de ‘‘citadine’’ ou de ‘‘française’’ (en roumain, les deux mots sont synonymes…), incapable de faire la différence entre une pomme et une poire ou entre des cerises («cireşe») et des «vişine» (par respect pour mes amis roumains, je ne traduirai pas ce dernier mot par ''cerises'' griottes).
Pourtant, moi, j’en étais sûre. Quand j’étais petite, la ‘‘tante Hélène’’ prévenait toujours ma grand-mère à cette époque de l’année : «Passez donc avec les cocottes pour cueillir des cerises aigres, les oiseaux les mangent sur l’arbre!». Et bien les cerises de la tante Hélène ressemblaient trait pour trait à leurs «vişine» ! Qu’on me traite de ‘‘citadine’’, passe encore (y’a du vrai…), mais accuser la tante Hélène de ne pas savoir faire la différence entre une pomme et une poire, c’est outrepasser les limites du respect!

Dans un silence absolu je ratissais ma ligne d’herbe. Il ne fallait garder le rythme. Devant nous, les hommes fauchaient, derrière, chacune sur un rang, les femmes amassaient l’herbe, progressant jusqu’aux trois piquets de bois dressés en cône pour former la «Căpiţă». J’observais, admirative ces petites grand-mères aux yeux rieurs, toujours bavardes, porter sur leur dos des tas d’herbe trois fois haut comme elles. Les mains arrachées, les bras en compote, j’étais fière d’avoir appartenu, le temps d’une journée, à leur groupe. Derniers coups de râteaux pour consolider la «Căpiţă», nous partions rejoindre les ‘‘faucheurs’’ déjà installés à l’ombre, un verre de «ţuică» à la main…

Installée dans ce petit Paradis au cœur d’un verger, je regarde briller "Dame Eté" et sa parure de rubis. Cerises ou «vişine», peu importe, en croquant dans cette chair vernissée me voilà transportée dans un petit jardin du nord-est de la France. Perchée sur l’escabot je lance les fruits par poignées dans le panier tenu par ma sœur. Plus haut, dans le potager, mamie et tante Hélène commentent la croissance des salades…

Puisque c’est à cette période que les cerises, premiers fruits de l’année, sont cueillies, le mois de juin est également appelé, dans la tradition roumaine, «Cireşar» ou «Cireşel» (cireşe = cerises). Au mois de juin, les jours sont les plus longs et le ‘‘temps calendaire’’ parallèlement à la végétation arrive à maturité. Les besognes sont diverses: bécher et enterrer les pommes de terres, faucher et mettre l’herbe à sécher, commencer les travaux de moisson, cueillir les herbes médicinales et les premiers fruits des bois. Dans les régions d’activités pastorales, les bergers et leurs troupeaux occupent les vastes prairies pour la «vărat» («vară» = été ; a văra = passer l’été, faire paître)… Pourtant, aussi prometteur que puisse paraître ce premier mois de l’été, aucune certitude concernant les futures récoltes. Un orage, des rafales de vents, des pluies torrentielles accompagnées parfois de grêle peuvent dévaster les champs cultivés ou les vignes.

En roumain, «sânziană» ou «drăgaică» (sud de la Roumanie) qualifie une plante herbacée vivace que l’on connaît, chez nous, sous l’appellation de Gaillet mollugine. Quelques variétés de Gaillets sont également appelées «caille-lait», du fait de la présence d'une enzyme permettant de faire cailler le lait. Dans la tradition populaire roumaine, le nom de cette rubiacée est également celui d’une divinité protectrice des blés et des femmes mariées. Née le jour de l’équinoxe de printemps (le 9 mars selon le calendrier julien) et de la mort de Baba Dochia, «Sânziană» ou "Drăgaică " grandit de façon miraculeuse et atteint sa maturité au solstice d’été (le 24 juin du calendrier grégorien). C’est également à cette époque de l’année que notre Gaillet mollugine donne de petites fleurs blanches. La légende explique qu’en cette journée de solstice d’été, «Sânziană» marche sur la Terre ou vole à travers champs et forêts, accompagnée d’un cortège de jeunes fées. La danse effectuée par cette jolie troupe aurait un pouvoir bénéfique.

Dans la tradition populaire roumaine, la divinité agraire est représentée symboliquement par une couronne de «sânziană» et d’épis de blé. Cette effigie, aux pouvoirs miraculeux, est souvent portée par une jeune fille lors d’une cérémonie appelée «Dansul Drăgacei» (la danse de Drăgaică). La couronne peut être accrochée à la fenêtre, sur le portail, à l’entrée du village ou du cimetière pour protéger les hommes, les animaux et les récoltes des désastres naturels. Les coutumes diffèrent bien sûr selon les zones ethnographiques. La couronne est parfois lancée par dessus le toit de la maison ou de la grange. Selon la façon dont elle retombe ou reste accrochée sur le toit, les villageois peuvent prédire l’avenir. Va-t-on vivre en bonne santé cette année? La mort est-elle proche? Pauvreté richesse dans le foyer? La fille de la maison va-t-elle se marier?

Une autre divinité, masculine cette fois-ci, qui marque dans le calendrier populaire le milieu de l’été agraire et la période des moisson: «Sânpetru de Vară» (Sânpetru d’Eté). Dans le calendrier chrétien, nous le retrouvons sous le nom du Saint Apôtre Pierre. L’image populaire le montre comme un homme ordinaire qui travaille les champs, élève des animaux et s’occupe à la pêche. Son frère, «Sânpetru de Iarnă» (Sânpetru d’Hiver) est considéré comme le patron des loups. Homme très croyant, besogneux et exemplaire, «Sânpetru» est appelé par Dieu au ciel et prend la responsabilité des portes et des clefs du Paradis. A l’occasion des Grandes Fêtes, à Noël, au Réveillon, à l’Epiphanie, pour «Sângiorz» ou «Sânziene», il est possible de l’apercevoir, le ciel s’ouvrant un court instant, on le voit à table, à la droite de Dieu. Sânpetru est le Saint le plus connu du Calendrier populaire. Célébré le 29 juin, sa fête est précédée d’un «post» (jeûne) dont le nombre de jours peut varier. A l’époque, on considérait certains repères cosmiques et terrestres comme annonciateurs de cette fête: le retour entre autres de la constellation "Găinuşei", l’arrêt du chant du coucou, l’apparition des lucioles...

Cinquante jours après Pâques, «Rusaliile» est une fête très importante du calendrier chrétien. Elle doit commémorer la descente de l’Esprit Saint sur les Apôtres. Dans la tradition populaire «Rusaliile» sont des femmes qui grâce aux plantes médicinales peuvent soigner toutes sortes de maladies. Armées jusqu’aux dents, elles punissent sévèrement toutes les personnes qui oseraient travailler durant la semaine. Le lundi qui suit le dimanche des «Rusalii» est réservé aux morts et des repas sont organisés en leur mémoire.

Durant le mois de juin et spécialement en cette semaine de «Rusalii», apparaissent également, dans certaines zones ethnographiques, les «Căluşari». La troupe de jeunes danseurs, s’est constituée selon des règles strictes et une hiérarchie bien déterminée. Le principe de base, pour ces jeunes gens tout habillés de blanc est de représenter la solidarité du village, prenant pour référence la fameuse devise «tous pour un et un pour tous». Le groupe, comme entité construite, représente la collectivité entière, et comme chaque maison est une entité de la communauté, chaque foyer sera visité !

Des colliers de «visine» en parure, des couronnes fleuries pour prévenir les intempéries, un Saint paysan dont la fête fait taire le coucou, des herboristes "en herbes" et leurs pouvoirs de guérison, de jeunes garçons qui dansent pour le retour de l’Eté … C’est sûr, vos mois de juin ne seront plus jamais les mêmes !

vendredi 13 juin 2008

En quête d’Art !

Highslide JS

Ce qui avait beaucoup étonné Daria Arkadievna, c’était qu'Armand De Massari ait accepté aussi facilement la rencontre. Elle connaissait bien Olivier Chagny et son manque de tact légendaire. Pourtant, le frère et ‘‘agent’’ du jeune artiste, avait accepté sans état d'âme. Vendredi 18 mai à 10 heures, Armand De Massari se prêterait volontiers à l’interview. Malgré ses origines, ce fils et arrière petit-fils de peintres, ne ressemblait en rien aux artistes italiens, fiers comme leur patrie et ardents comme son azur éclatant. Quand il refusait les entrevues, il ne le faisait jamais avec outrecuidance. De nature douce, timide et insouciante, il aimait pieusement l’Art et goutait peu la superficialité médiatique. Si ses œuvres avaient fini un jour par être exposées - une révélation pour les amateurs d’Art - c’était en fait avant tout sous l’initiative de son aîné, Ares De Massari. L’interview aurait d'ailleurs lieu à la Villa Alvise Vivarini, propriété familiale où son frère séjournait habituellement quand il se rendait en France.
Cet article était une véritable aubaine pour l’Almaviva et c’est avec empressement que Chagny envoyait Daria Arkadevna recueillir les propos de l’artiste. Cette spécialiste de la rubrique ‘‘Culture’’, n'avait plus à faire ses preuves dans le milieu de la presse. Ses critiques, petits bijoux d’éloquences et d’enseignements, étaient toujours vivement attendus par le monde des Arts et de la Littérature. Son élégance persuasive la faisait passer partout. Elle le faisait cependant avec discrétion sans jamais se montrer importune. C’était d’abord son amour pour la lecture et l’écriture qui l’avait poussée à exercer le métier de journaliste et non, comme beaucoup de ses confrères, une bonne part de curiosité morbide. Cette artiste de talent savait, elle aussi, rester modeste.
Ce matin, pourtant, le directeur de l’Almavia semblait préoccupé. D’ordinaire, quand Daria Arkadievna, de tempérament assez bilieux, demandait conseil à Olivier Chagny, celui-ci la taquinait sans y aller vraiment d'avis péremptoires, preuve de la grande confiance qu'il plaçait en elle. Cette fois, étonnement, il l’avait assommée de recommandations plutôt étranges à première vue. Quelques plaisanteries avaient bien sûr ponctué son discours, mais son insistance sur certains détails et son regard inhabituellement sérieux laissaient suggérer une ‘‘mission’’ plus insolite. Ce n'était pas une simple interview à visée culturelle qu'on lui confiait mais une véritable enquête. Observations des lieux, des objets, des attitudes de chacun. De l’artiste, bien sûr mais aussi du personnel et surtout du frère, Ares De Massari. Elle devait s’introduire dans ce joli monde dans un rôle de véritable agent double! La jeune journaliste n’était pas sans ignorer l’affaire du vol: la semaine précédente deux tableaux de la collection familiale avait été dérobés. Cela avait fortement animé la région. Sans poser plus de questions à Olivier Chagny, signe de sa grande confiance en l'homme, elle partit à la rencontre des frères De Massari.
La Villa Alvise Vivarini abritait une riche collection de peintures, de précieux objets et un somptueux mobilier aux styles variés. De l’extérieur, à elle seule, la bastide était un petit joyau artistique. Des vitraux ornementaient ses ouvertures et un parc boisé où musaient de gracieuses sculptures, encerclait la demeure. L'esthète ne pouvait que se réjouir de cette visite! Quel personnage se cachait derrière le mystérieux et talentueux Armand De Massari? Qui était l’auteur du vol des tableaux? Dans cette nouvelle aventure qui va la mener sur les chemins de l’Histoire de l’Art, Daria Arkadievna devra, une fois encore, faire preuve de beaucoup d'imagination et d'une belle perspicacité…