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vendredi 18 janvier 2013

Tant qu'il est temps....




Le temps n'arrange rien, la vieille ronchonne que je suis a commencé l'année en se plaignant, oubliant la tradition des voeux. Mille excuses donc et Joyeuse Année aux visiteurs de la Pendule et aux autres !
Puisque je fais dans le vieux, ces derniers temps, je recycle mais non sans nostalgie! Un début d'année en compagnie des fantastiques, des merveilleux, des mystérieux, des fascinants Calusari !

La Mutli Ani !

mercredi 21 septembre 2011

Contes Roumains : Histoires autour de Boïars

Suite aux nombreuses lettres de protestations qui continuent de s’empiler sur le bureau de La Porte dans la Pendule, je me plie à votre demande : Ok, ok, je launch my book !


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Le livre était disponible le week-end dernier au Livre sur la Place de Nancy à la table des Editions Le Verger des Hespérides. Pour les non-adeptes de la place Carrière vous pouvez encore commander l’ouvrage directement à la maison d’Editions nancéienne. Suivez le lien des Hespérides…

Decouvrez toutes les illustrations dans l'ouvrage...

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mercredi 2 mars 2011

C'est parti !

De nouveau sur les chemins ! Je vous promets de revenir très bientôt avec des histoires Dublinoises plein les valises. En attendant, je vous laisse découvrir ce qui a occupé mon début d’année 2011 en France :


Suite et fin des Illustrations des Contes Roumains :


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Suite de mon Album,
Ignat et le Căluşar Masqué :

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mercredi 3 novembre 2010

Petit aperçu ...

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Pas de nouvelle, bonnes nouvelles !


Profitant des derniers rayons de la Toussaint, je reprends le chemin de la Porte dans la Pendule...
Les roues grincent et ma charrette fait voler mille feuilles comme des louis d’or. Roulent et craquent les fruits vernissés sous les sabots de mes destriers aux fanons touffus. Leur pelage s’est fait plus cotonneux en attendant l’hiver et leurs gros ventres pommelés chatoient sous les lumières de l’automne. Il faut accélérer le pas car les aiguilles de la Pendule se sont assoupies et la nuit nous rattrape déjà.


Une couche de poussière recouvre les boiseries mais rien ne semble avoir bougé. Je profite de cette brève visite pour déposer quelques pots de confiture et des cagettes de coings. Puisque j’y suis, je publie également un petit billet. L’un de mes clichés un noir et blanc réalisé sur les chemins des Contes Roumains ...

A bientôt,

Mlle Myosotis

vendredi 10 septembre 2010

Povesti romanesti ...

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La Porte dans la Pendule est momentanément fermée pour cause de Contes roumains ...

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vendredi 2 juillet 2010

Projet : diffusion de la culture et du patrimoine roumain ...

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L'appel du travail

Ô ! Mes fidèles et fervents admirateurs !
Pourquoi rayer mon blog de vos ordinateurs ?
Depuis des lustres, je n’ai rien publié ?
Je sais.
Un zéro en visite cela m’a couté !

Pourtant, je ne fléchirais point,
Boudez, criez, tapez du poing,
Je suis au regret de vous annoncer :
Cette absence va se prolonger …

Passent les jours, passent les saisons,
Sans gagner un seul et maudit rond
Ô! Cette fois je n’ai plus le choix
Il me faut chercher un emploi !



« Youpi, l’école est finie ! » comme dirait l’autre. Cependant, le plus dur, je crois, reste à venir. Je dois me rendre à l’évidence : trouver ‘‘un vrai métier’’ ou trainer de la guitare comme une vieille cigale toute ma vie.
Mes trop rares publications, cette année, vous avaient sans doute mis la puce à l’oreille. Le déclin était déjà amorcé ! La fin d’une belle époque où les dessins sortaient en flots continus de mes mains et où publication de billets rimait avec quotidien ! Mais, voilà, l’école, le travail … on m’a remise sur le rail !
Consolons-nous donc avec ce petit découpage d’été ! Il s’agit seulement de la présentation de mon rapport de stage qui devait clore ma formation mais je peux toujours la publier … après tout, ça me fera un nouveau billet !)

Mon stage a consisté à monter un projet d’échange culturel entre la France et … la Roumanie (évidemment !). Durant mon stage, je me suis appliquée à créer divers supports illustrés pour promouvoir la culture et le patrimoine roumain à l’étranger. Une collection de cartes postales, un Conte illustré, un recueil de contes populaires roumains … voilà ce qui m'a occupé ces derniers mois et qui va peut-être encore m’occuper cet été.

Maintenant, pour limiter la misère et ne pas - en plus de devoir travailler - me retrouver en prison, je précise que cette illustration était uniquement destinée à la présentation de mon rapport de stage. En effet, les petites assiettes, dentelles, icônes ou cuillères en gravitation autour de la terre ont été piochées au gré de mes envies dans ‘‘Google images’’. N’ayant demandé aucun droit d’auteur aux propriétaires des photos, je suis, à cette heure, dans l'illégalité la plus totale. Pourtant, braves gens, prenez pitié car c’est avec un grand respect que je les ai découpées … Allez ! S’il vous plait ! Vous n’allez tout de même pas me faire un procès ! …. Déjà que je vais sans doute devoir travailler …

P.S : les chaleurs excessives qui sévissent depuis quelques jours sur l’hexagone et donc, par conséquent, sur mon système nerveux expliquent, sans doute, le tas d’âneries que je viens encore d’écrire … mais, au moins, on ne me reprochera plus de publier un dessin sans même rédiger un petit billet … hein ?


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dimanche 13 septembre 2009

Bucuresti, Vâlcea, Timisoara ...

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Les vacances sont finies, il faut reprendre les cartables! Odeurs de crayons, d'encre et de cahiers neufs, les écoliers reprennent le chemin de l'automne!
Avant que ne s'achève tout à fait notre bel Été, je vous envoie mes dernières photos de vacances. Une année, presque, s'est écoulée depuis notre dernière rencontre et c'est avec beaucoup de joie que j'ai retrouvé ma petite Roumanie!
Atterrissage à Bucarest. Ma grande amie, Madalina, celle qui m'a, un jour, donné la clef du royaume, m'attend à l'aéroport. Petit séjour mondain dans la capitale: salons cultivés, musées et petits-fours: Bucarest, je vous le rappelle, était appelée ''Le petit Paris''!
Fuyons la chaleur, 36°C à l'ombre, l'air est plus plaisant sur les reliefs de Vâlcea. Je découvre un nouveau coin de paradis. Un grand MERCI à Madalina et à toute sa famille pour ce séjour aux couleurs de l'Olténie!
Enfin, retour vers le Banat. Timisoara, c'est un peu comme si j'étais chez moi. Deux courtes semaines pour retrouver mes petites habitudes puis les reperdre: les vacances (c'est bien connu) ça passe trop vite ! Depuis le temps, je crois que mon frère roumain s'est un peu lassé de mes remerciements mais à l'occasion de ce billet, je ne peux m'empêcher de les renouveler: mille mercis à mon "coloc" préféré, Andrei, qui me laisse toujours une place sur son canapé!
Bonne rentrée à tous les visiteurs de la Porte dans la Pendule! Les vacances sont finies mais les aventures continuent !

A bientôt en France en Roumanie et partout ailleurs !

Mlle Myosotis

note: Le palais du Parlement (en roumain, «Palatul Parlamentului») situé à Bucarest abrite la chambre des députés et le sénat roumain. Avec sa surface habitable de 350 000 mètres carrés, il est l'un des plus grands bâtiments d'Europe. Il fut d'abord appelé la Maison du Peuple («Casa Poporului»), puis le palais du Parlement après la chute de Ceausescu en 1989. Le palais à une surface au sol de 45 000 m² et 400 000 m² habitables. Il mesure 270 mètres sur 240 mètres, et 86 mètres de hauteur. Il contient onze mille pièces réparties sur neuf étages, avec quatre niveaux supplémentaires en sous-sol. Les plus hautes salles font 20 m de haut et la plus grande à la taille d'un terrain de football !


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vendredi 13 février 2009

Ignat et le Căluşar Masqué

Quelques tours de manivelle, pétarades et détonation tonitruante, ma vieille "bousine" redémarre malgré tout ce temps ! En reprenant le chemin de « la Porte dans la Pendule », je m’étais mis à rêver: une kyrielle de « SOS », de « Wanted, Mlle Myosotis », de messages de détresse enfin … Nenni ! boîte vide !

Plus de deux mois sans que je ne publie le moindre petit billet … et personne ne s’en plaint ! Heureusement, je ne suis pas du genre susceptible. Optimiste, j'imagine que mon ‘’Fan-club’’ n’a jamais douté de mon retour et a attendu patiemment sans me mettre la moindre pression. Je leur dois cependant un mot d'explication.

Et bien, voilà: sac de provisions sur le dos, bâton de randonneur et gourde en bandoulière, je suis repartie sur les chemins de Roumanie … Ressourcement complet si je n’avais pas opté, au troisième jour, pour une fatidique bifurcation …

Le lendemain de la Saint Nicolas, jour de ma dernière publication, je me mis joyeusement au travail. J’envisageais une petite illustration «România» pour le jour de la Saint Ignat. Le dessin achevé, le billet rédigé, les ennuis ont commencé …

«Être sans cœur et sans pitié ! », « Les heures passées devant ton "ordi " t’ont totalement abrutie ou quoi ?! », « Non, tu ne peux pas faire ça … je t’en supplie, fait quelques choses ! » …



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C’est vrai, mon dessin était un peu sadique … mais après tout, suis-je responsable, moi, si la Saint Ignat, en Roumanie, c'est le jour officiel pour l’égorgement du cochon ?! En tant qu’ ‘’ethnologue’’, je ne peux porter un jugement de valeur sur les coutumes et les usages d’un pays !


Bref, le mal était fait. Publier ce billet, je ne m’en sentais plus capable … effectivement … je devais agir au plus vite ! Je suis ainsi partie de ce dessin pour créer toute une histoire et changer le cours des choses. Un challenge que je me suis lancée pour réparer ma faute !

Ces deux mois passés sur les sentiers carpatiques furent un peu rudes mais je ne regrette pas le voyage ! Je redescends, aujourd’hui, avec un projet d’Album entre les mains :

Grâce au soutien de mes proches et de mes amis, je me suis décidée à prendre aussi le chemin des imprimeries et des éditeurs pour la publication de mon premier album ! Seront-ils intéressés par ce conte initiant à la culture roumaine ? Je vous tiendrai ou courant quant à l’évolution du projet ...


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vendredi 7 novembre 2008

Înmormântare

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Pourquoi depuis ce matin, vois-je donc déambuler devant ma fenêtre des petites grand-mères, «basma»1 bien noué su la tête et gilet de laine noire sur le dos? Agitées, volubiles, décidées, rien ne semble capable de barrer leur route. Telles des fourmis opiniâtres, elles véhiculent dans leur migration une multitude d’objets hétéroclites.
En ethnologue avisé, impossible de laisser ce «pourquoi» en suspens... Je me chausse rapidement et enfile mon manteau. Aux aguets, je repère rapidement une proie. En queue de troupeau, une petite vieille, chargée d’un lourd «ceaun»2 et d’un encombrant fagot de bois, traîne le pas: plus propice à la capture que les autres, elle me mènera sans doute au lieu de cette transhumance...

Furtivement, je la suis. Nous descendons au centre du village, traversons le pont de la rivière, puis remontons quelques mètres l’autre versant. Je ne tarde guère ici à retrouver le gros de la troupe. Tous vêtus de noir, des villageois s’agglomèrent autour d'une maison. Sans attendre son tour, mon guide "à la marmite" fend la foule et entre dans la petite demeure en bois. La porte ouverte permet aux gens restés dehors d’assister à l’office qui est donné en ses murs. D’une voix grave, sans perdre souffle, le Pope psalmodie la liturgie propre à signer le grand départ.

Paré de sa toge dorée, nimbé d'un nuage d’encens, il sort enfin majestueusement du logis suivi d’un impressionnant cortège portant étendards, croix scintillantes, couronnes fleuries et arbre mortuaire décoré de bonbons, gâteaux et morceaux de chiffons. Voilà finalement, le roi de la fête qui apparaît: un homme bleu, raide comme la mort, trônant dans un cercueil ouvert gracieusement orné de fleurs. Moi qui viens d’une contrée où la mort est devenue taboue, face à mon premier cadavre, je sens mes jambes flageoler... Encore tout à mon émotion, je me laisse docilement happer par le cortège. Avant de laisser la maison, on brise un vase sur le sol.

Posé sur une charrette tractée par une frêle haridelle, l’homme, en fait un peu verdâtre à mieux y voir, sautille, hop, hop, dans son cercueil …Que Dieu me pardonne, mais un rire nerveux manque de m’étouffer. Cette brave bourrique parfaitement inconsciente du convoi macabre qu'elle tracte avec son bondissant défunt qui ne peut être que satisfait de cette ultime promenade: la "vie" des hommes et son lot de surprises !

Fort heureusement, cette envie de rire passe rapidement. Je suis serrée de près par trois étranges femmes. Ce n’est pas le moment de ralentir le pas. Des pleureuses !
Vêtues de noir de la tête aux pieds, elles gémissent, les bras levés au ciel. Elles enfouissent leurs hurlements de désespoir dans leurs mains crispées. S’il arrive que leur lamentations faiblissent, elles font mine alors de tomber. Leurs voisins, impassibles, les redressent sans un mot. Souffrent-elles autant qu’il y parait? Sont-elles payées pour s'adonner à ces outrances? Le secret restera scellé.

Inflexible, le cortège continue. Arrivé au cœur du village, une pluie métallique s'abat: on lance des pièces de monnaie par-dessus son épaule. Les enfants se précipitent pour s'en remplir les poches. Il est temps de rejoindre le cimetière.
Frêles lumières blotties dans de petits pots de verre. Toutes les tombes sont illuminées. Le cercueil est descendu en terre. Bouquet de fleurs, chapeau et paires de chaussures, une poignée de terre et enfin quelques pelletées complémentaires: le défunt est enterré.
Après les pièces de monnaie, on sort maintenant les billets. L’argent recolté sera donné «aux plus pauvres», et les bonbons qui décoraient les branches, distribués aux enfants.

Surtout, n’oubliez pas de décrocher une serviette nouée sur les couronnes ou sur l’arbre rituel. Les pièces que vous y trouverez devront être dépensées pour le mort!
Avant de quitter le cimetière, prenez un verre de vin ou de «ţuică», quelques «colaci»3 et une part de «colivă »4. Ces mets offerts, petite collation sucrée en guise d’apéritif, vous les retrouverez durant la «pomană»5 qui réunit famille et proches dans une ambiance joyeuse pour un repas au mort …


« Délier, purifier, achever: dès la levée de la bière, la séparation des mondes s’organise autour de ces trois axes. Comme s’il fallait achever un travail que la mort n’avait pas encore mené à son terme. De la maison au cimetière, du cimetière à la maison, et tout au long des quarante jours qui suivent l’enterrement, progressivement, tous les ponts sont coupés entre le mort et les vivants. Il faut brouiller les pistes et l’obliger à s’engager sur son chemin sans retour»
C’est ainsi que traditionnellement et dans certaines régions, une fois le cercueil à l’extérieur de la maison, portes et fenêtres sont fermées ‘‘pour qu’il ne regarde pas derrière lui’’. Pots, verres ou assiettes, ainsi que tous les objets présentant une ouverture, sont retournés afin qu’un contenant ne puisse servir d’invite et abriter une âme qui tarderait à s’en aller »

« Il ne se passe pratiquement pas un dimanche sans qu’un tel office soit célébré, ce qui explique sans doute aussi l’acceptation de l’idée de la mort à laquelle on s’habitue dès sa plus tendre enfance. Les enfants, le dimanche, sont friands de cette colivă dont le goût enchante, mais aucun d’entre eux ne le dégusterait en ignorant longtemps, qu’il accomplit en même temps un acte rituel »6

1 Basma : foulard, fichu
2 Ceaun : marmite en fonte
3 Colaci : petits pains rituels
4 Colivă : gâteau de gruau bouilli
5 Pomana : repas funéraire
6 Ioanna Andreesco, Mihaela Bacou, Mourir à l’ombre des Carpathes, Payot, Paris, 1986

lundi 8 septembre 2008

În preajma mortului

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«Tu veux voir ce qui se passe à l’intérieur? ». Pas le temps de répondre, on me fourre dans la pièce et la porte se referme promptement derrière moi. Dans cette petite chambre à l'arrière de la maison règne un chaleureux désordre: couronnes végétales, bouquets de fleurs fraîches, piles de serviettes éponge et bouts de chiffons, pâte à «colaci»1, marmite bouillonnante, braises dans le poêle. Fond sonore de rires et verbiages enjoués. Mon intrusion ne paraît nullement perturber le comité de joyeuses bavardes qui s’est réuni dans la demeure du défunt. Mieux, je semble tomber à pic. On a besoin d’une personne pour statuer: "La «colivă»2 est-elle assez citronnée ?".

Comment juger sans point de repère? Si dans ce pays tout le monde est sensé connaître le goût adéquat de ce ‘’gruau’’ rituel, il s’agit cependant pour moi de ma première «colivă». Que diantre, je dois assurer! Ne pas laisser passer la chance de pouvoir me rendre utile dans cette société et peut-être, briser mon image d’occidentale empotée. Je m’encourage et me persuade que chez «le français», l'art culinaire est inné. Trop ou pas assez citronnée, je ne peux pas me tromper. Feignant l’attitude sûre et détendue du connaisseur, je prends une cuillerée de la dite «colivă». Un mélange suave de noix et de blé à la douceur de miel et de vanille agrémentée d'une touche subtile d’agrume. Si la «colivă» n’existait pas, A.Ducasse l'aurait inventée! Je tranche: «C’est parfait ! ».

Première phase initiative remplie. Celles ayant trait aux rituels mortuaires vont venir: entourée d'un comité de grand-mères, je vais participer à « priveghe mortului»3. Trois jours et trois nuits durant lesquels le défunt ne doit pas rester seul à la maison. Reste une journée de veillée avant la levée du corps. Dans le petit salon, les meubles ont été déménagés. Seuls, un divan et deux fauteuils, sont restés le long du mur pour accueillir les ‘’veilleuses’’.

Sur une planche surélevée, au milieu de la pièce, trône notre défunt confortablement emmitouflé dans un linceul. Sa tête est appuyée sur un joli oreiller brodé. Serein, Il repose dans un cercle de verdure et de fleurs dans une lumière accueillante. Une petite bougie plantée dans un tas de «mǎlai»4 a été allumée à la tête du mort. Elle devra briller jusqu'à ce que ce dernier soit enterré. On m'explique que, dans certaines régions, on fabrique parfois une bougie qui doit avoir la taille du défunt.

Tout sourire, une petite grand-mère vêtue de noir, m’invite à m’asseoir à ses côtés. Passer la nuit avec un mort... une situation que j'imaginais particulièrement angoissante! Cependant, au risque de vous surprendre, la compagnie des petites veilleuses et de leur mort reste l’un des souvenirs les plus joyeux de mes aventures roumaines. Une nuit pleine de vie!


L'une des petites vieilles commençe à m'expliquer la préparation du mort.

Il faut d'abord le laver. Mais pas avec n'importe quelle eau! Avec «apǎ neînceputǎ»5, c'est à dire de l'eau puisée tôt le matin avant que quiconque ne se soit servi. Il est possible d'ajouter des plantes fortement parfumées comme de la menthe ou du basilic. Le mort est ensuite habillé avec des vêtements neufs et enfin maquillé. C'est également au cours de cette dernière étape que l'on colle les paupière et la bouche du défunt pour être sûr qu'elles resteront fermées.

Hors contexte, cette explication concernant le ''collage''pourrait paraître un peu rude. Cependant, à écouter le discours du comité des veilleuses, les choses semblaient tout à fait simples et naturelles. On louait la finesse du maquillage: le mort paraissait tout à fait vivant. La ''maquilleuse'' s'enquit tout de même du fait de savoir si elle n'avait pas trop forcé sur la colle? Fou rire des petites vieilles avant de vite rassurer l'artiste: "Tout est parfait". La nuit se poursuivit peuplée d'anecdotes diverses du temps où notre mort était encore vivant. On riait puis on s'attristait un peu avant de repartir de plus belle. A la fin d'une histoire particulièrement drôle, la sœur du défunt se leva pour lui prendre la main et l'embrasser. Les yeux humides, elle le regardait en souriant.

Le lendemain, quand le mort quitta sa maison pour son dernier voyage jusqu'au cimetière, cette pénible étape paru arriver naturellement. Trois jours et trois nuits à le veiller, à parler avec lui et à se remémorer les moments qui firent sa vie. Son départ semblait désormais accepté. Dans un cortège de parents, d'amis et de fleurs, le mort prit pour la dernière fois le chemin principal du village qu'il avait tant de fois emprunté de son vivant.

Cette nouvelle expérience roumaine, m'a permis, une fois encore, de comprendre toute l'importance sociale et psychologique des rituels, et notamment des rites funéraires d'une société.


« A la fin du 19e siècle, en Roumanie, Simion Florea Marian, consacre un ouvrage volumineux aux pratiques funéraires populaires en usage dans ce pays7. Ce recueil de pratiques s'imposait: à cette époque , la société roumaine profondément agricole ou pastorale selon les régions, se présentait encore comme une société de type traditionnel où la mort était assimilée à un passage préparé et maîtrisé, dans un ailleurs indubitable. Dans ce contexte, la mort offrait une richesse rituelle depuis longtemps oubliée en Occident.

Un siècle plus tard, alors que de profondes modifications se sont déroulées dans cette partie de l'Europe, un tel ouvrage ne devrait plus avoir que la valeur d'un témoignage sur un passé révolu. Développement économique, industrialisation et urbanisation, création de nouvelles structures sociales, introduction d'une idéologie d'État omniprésente et la volonté d'une nouvelle représentation du monde fondée sur le matérialisme historique ... tous ces traits caractéristiques des sociétés occidentales pour certains et propres aux sociétés communistes pour d'autres nous laissent présumer du bouleversement des pratiques traditionnelles ainsi que de la vision du monde qu'elles supposent.

Et pourtant ... La validité et l'actualité de cet ouvrage demeurent étonnamment pertinentes, et créent la surprise d'un inattendu: on enterre encore les morts dans les Carpathes comme on le faisait au XIIe siècle, et l'on prépare encore leur voyage vers les régions obscures de l'au-delà comme les paysans roumains devaient sans doute le faire dix siècles plus tôt. »

«En Occident, le changement des mentalités et des croyances consécutif à l'évolution de la civilisation a eu pour effet de ''folclore'' la mort dans un espace de déni. Nous avons peu à peu relégué la mort dans les discours du médical, du démographique ou de cette fiction contemporaine que devient l'actualité, et nos morts dans les chambres froides de l'oblitération. La mort nous indispose: nous l'avons rendue tabou à force de la désacraliser. (...)

Et voici que ce nouveau tabou n'a pas obtenu l'audience prévisible dans une société qui se veut encore plus matérialiste que la nôtre.

Ce n'est donc pas le déni de la mort qui s'offre à notre regard en Roumanie, mais le modèle d'une mort encore maîtrisée, au sens traditionnel du terme, c'est à dire un sentiment non de rupture mais de passage, qui donne lieu tant à l'observation de rites complexes concernant les défunts, la communauté des vivants et celle des morts qu'à une vision élaborée de l'au-delà. Des pratiques complexes s'étendant sur plusieurs semaines et plusieurs cycles, assurent au défunt une intégration réussi dans le monde de l'au-delà et affermissent le groupe villageois dans la certitude que l'ordre naturel est de nouveau possible. »8


Alors que la société roumaine a su conserver la richesse de ses rites funéraires, la mort est devenue, dans nos société occidentales, un événement quasi clandestin. A la place d'une conduite collective, catharsis des conflits, des obsessions, des angoisses qui nous habitent, nous rejetons la catastrophe ''thanatique''. Cette attitude entraîne alors des conséquences psychiques très négatives pour notre quotidien.

Les rites funéraires doivent, en effet, permettre d'exprimer, de résorber et d'exorciser un traumatisme que provoque la perte d'un Être cher. Les chances d'une vie meilleure demandent sans doute l'acceptation sociale et existentielle de la mort.


1 colac : petit pain rituel.

2 colivă : ‘’gâteau’’ rituel généralement préparé à base de blé bouilli ou d’orge selon les régions.

3 priveghe mortului : veillée du mort

4lai : polenta

5 neînceput : litt. non entamée, pas commencé

7 Simion Florea Marian, Inmormântarea la Români, Bucureşti 1892

8 Ioanna Andreesco, Mihaela Bacou, Mourir à l'ombre des Carpathes, Payot, Paris, 1986

mardi 26 août 2008

Uşa urbană

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Retrouver cette première image. Revoir les choses
au travers d’un prisme déformant teinté de candeur…


La barrière s’est levée, les visages s'éclaircissent. On avait fini par ne plus y croire et pourtant nous voila enfin en Roumanie! Une bouteille d’eau de vie passe de siège en siège. On est à la maison! Silence de mort et tensions nerveuses sont restés à la frontière. Une agitation joviale règne désormais dans le bus bondé. On essuie la buée pour coller son nez à la fenêtre. Les yeux brillants, on observe le paysage que l’on avait ignoré jusqu'alors. Les choses ont-elles changé depuis la dernière fois? Reconnaît-on ce monde qui est le nôtre et va-t-il nous reconnaître? Sentiment que l'apprenti touriste ne peut, bien entendu, pas comprendre. Pourtant, une douce allégresse m'envahit, moi aussi.

*

Le bus fonce sur les routes défoncées au milieu d'étendues infinies grisâtres. Le ciel cotonneux de décembre commence à s'assombrir. On ne distinguera bientôt plus grand-chose. Texture de neige et de boue. Des chiens errants se disputent un sac de détritus. Le long de la nationale, silhouettes estompées, un groupe de femmes avance tête baissée. Imperturbables, elles ne s'inquiètent nullement des voitures qui les frôlent. De gros flocons tombent lentement entre chien et loup. Sur le bord des champs délaissés, se succèdent des panneaux publicitaires rouillés: Malboro, Smirnoff, Gin etc. Ici, la promotion de l’alcool et des cigarettes n’est pas prohibée!

*

A l’entrée des villes, enfilades de bâtiments délabrés construits sur le même modèle. Les petits balcons vitrés sur lesquels les gens entassent généralement objets divers et plantes vertes, servent éventuellement de garde-manger. A cette période de l'année, la ville s'est parée de guirlandes et enjolivures électriques pour les fêtes. Le matériel est un peu archaïque. Ça pendouille au-dessus des voitures et quelques ampoules sont grillées. Chacun y est allé de sa décoration. Petits kiosques à journaux, bars, places publiques ou grands magasins, tous les bâtiments de la ville doivent offrir un peu de lumière.

*

Et puis terminus, tout le monde descend ! Le bus s’arrête à proximité de la gare. Les deux pieds dans la neige, une sensation inoubliable m'envahit. Le doute, le doute d'une supercherie. Je me remémore le trajet. Les choses avaient peut-être basculé en sortant d'Autriche… En Hongrie, à moitié dans les vapes, j’avais déjà cru percevoir quelques bizarreries … Et puis, je m’étais endormie. Le réveil avait été un peu brutal. Les lumières s’étaient allumées dans le véhicule. Les passagers s'étaient mis à gesticuler. Les regards se croisaient. La pression montait. Il fallait montrer ses papiers. Assommée par les heures d’attente et influencée par le stress collectif, j'avais suivi le mouvement sans me poser de question. J’attendais, je ne sais quoi au milieu d'une foule d’inconnus. Le bus était reparti et le spectacle avait alors commencé. D’abord doucement, comme un réveil. Espaces vides infinis, des silhouettes qui se déchirent dans le soir... Je revois ces femmes emmitouflées dans leurs foulards. Sur l'un des visages, un regard malicieux... m’aurait-elle souri? Un clin d’œil? Un avertissement? Durant mon sommeil, le bus aurait-il emprunté un petit chemin épineux bordé de mûriers et de framboisiers?

*

Devant la gare , des femmes aux robes rouges et aux longues nattes tournent comme des fleurs. Elles proposent au passant des objets hétéroclites. Vieilles chaussures, ustensiles de cuisine usagés, bouteilles en plastique vides. A leurs pieds s’entassent de petits chiots dans une boîte en carton. Un homme entre dans la gare, une table accrochée dans le dos et une grosse scie rouillée sous le bras. Dans le hall, un vieux fait la queue au guichet. Il jette des regards anxieux sur son bagage laissé en retrait: des cages superposées dans lesquelles piaillent des volailles affolées. Et ces enfants qui courent à moitié nu dans la neige. Ils déposent devant la porte d’un magasin un cadavre de chien. Ils demanderont quelques pièces à la vendeuse pour la débarrasser de la dépouille. Sur le quai, deux personnes trinquent joyeusement une bouteille de «Murfatlar» à la main. Ils viennent de l'acheter dans l'un de ces petits kiosques que l'on trouve un peu partout et qui me deviendront familier par la suite. Bonbons, journaux, gâteaux apéritifs, cafés, «covrigi», graines de tournesols, briquets, croissants, allumettes, sodas, boissons alcoolisées etc. De véritables cavernes d’Ali Baba! Une envie de pop-corn vous surprend à trois heures du matin? Vous descendez dans la rue, vous faites tout au plus trente mètres et vous trouvez votre bonheur. Même de loin, vous reconnaîtrez facilement ces petits magasins préfabriqués aux mosaïques multicolores. Ils proposent en devanture tout un panel de cigarettes. Ne vous fiez pas aux apparences. Tristes cartes postales que les médias ont bien voulu nous envoyer de l'Est, les choses qui s'animent, dévoilent des secrets. Au fond de l'air vous entendrez siffler le tourbillon de la vie! Plus tard, j'apprendrai à me familiariser avec ces agglomérations. Dans certaines, même, des chantiers à l’abandon, des montagnes de déchets, des rues défoncées, des égouts qui débordent et la misère qui se traine. Et pourtant, privilège ou non de l’étranger candide, ce n’est pas ce qu'il retient.


Cette peinture, début XXIème, aux couleurs criardes, vous surprend d’abord par son ambiance burlesque et contrastée. Pans de modernité sur bases vétustes, nouvelles technologies et croyances ancestrales. Cette société à deux vitesses vous offre des situations parfois comiques, parfois attendrissantes, parfois déroutantes. Prenez un taxi. De la voiture dernier cri à la Dacia 1100, chapelets et pompons rouges au rétroviseur, icônes et Vierges en plastiques sur le tableau de bord. Une affiche indique que le port de la ceinture est désormais obligatoire mais le chauffeur, lui, ne l'a pas bouclée. Sur la nationale, coups de klaxon et accélérations fulgurantes, on double en trombe les charrettes. Chevaux lancés au grand galop ou bœufs placides, les automobilistes doivent slalomer. On passe devant une église, le chauffeur se signe trois fois puis injurie le piéton qui voulait traverser. Devant un McDo, un groupe de jeunes habillés à la dernière mode échangent leurs numéros de portables. Ils viennent sans doute de payer leur abonnement ou de recharger leur carte chez Connex, Orange ou Vodaphone. Sur le trottoir d’en face, des vieilles, bien au chaud dans leur vêtements de laine sont venues vendre au marché des plantes médicinales et aromatiques, des sacs de noix, des graines de tournesols et de citrouilles, des pommes de terres et des navets. Les grands supermarchés commencent à fleurir mais la «piaţă» garde tout de même une place centrale dans les petites villes.

*

Et les Rroms ? Au début, j’étais intriguée par ces femmes aux jupes bariolées qui braillent dans les rues, les moustachus au grand chapeau noir, les charrettes bourrées de marmaille et de musiciens... «Ce sont des Ţigani» me précisa, un jour, un ami qui semblait me plaindre de tant de naïveté. Les tensions ''Romano-Rroms'', représentent toujours une réalité sociale. Je n'aborderai pas le sujet. Je connais trop peu le monde Rrom et laisse les spécialistes en parler. Je me permets cependant de terminer ce billet avec un extrait tiré du texte de M. HOULIAT Bernard1. Légendes multiples et farfelues, elles entretiennent le mélange de crainte et de fascination que l'on a pour les Rroms.


« Les ancêtres des Rroms ont libérés le soleil que les dragons séquestraient quelque part au bout du monde. Grâce à eux, l’humanité reçut de la lumière. Peut-être les Rroms sont-ils venus de la Lune ou ont-ils débarqué d’un météore ? A moins qu’ils ne soient le fruit des amours d’Adam avec une autre femme, qu’il aurait connue bien avant Eve et le péché originel.

Ils sont aussi les descendants de tous les peuples dont les pas se sont un jour effacés, ces peuples-énigmes qui nourrissent l’imaginaire et les spéculations les plus loufoques. Ils sont les tribus d’Israël dont on a perdu les traces après leur captivité à Babylone, les descendants du Chur ou de Canaan, tous deux fils de Cham. Voltaire nous apprend qu’ils sont Egyptiens et les héritiers des prêtres d’Isis. Rescapés aussi de l’Atlantide et de bien d’autres contrées légendaires englouties dans des passions telluriques.
Le dénominateur commun à toutes ces légendes est que les Roms ont survécu, seuls témoins de quelque chose qui dépasse notre entendement. Voilà bien une des qualités profondes de ce peuple, affirmée au fil des siècles : la faculté de survivre.
Et s’ils ont échappé à tous ces cataclysmes, ce n’est, dit la légende, que pour expirer une faute originelle : l’un des leurs a forgé les clous de la croix du Christ. D’autres ont volé un clou de la même croix. Ce qui leur vaut d’être condamnés à l’errance et à l’abjection jusqu’à la fin des temps.
Une autre légende rapporte qu’Hérode ayant fait encerclé Jérusalem pour que l’Enfant Jésus ne puisse y pénétrer, une vieille Tsigane accepta de le faire passer en cachette dans son panier. Pour la récompenser, elle et sa descendance, Dieu permet depuis lors à tous les Tsiganes de dérober jusqu’à l’équivalent de cinq sous par jour, ce qui ne serait pas considéré comme du vol. Au dessus de cinq sous commencerait le péché.
»


1Tsiganes en Roumanie, HOULIAT Bernard (Texte), SCHNECK Antoine (Photographies), Éditions du Rouergue, 1999

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mardi 8 juillet 2008

Înviere

Highslide JS

Pour comprendre toute la gaieté de «Înviere» (Résurrection/ la Grand Messe), la grande fête chrétienne de Pâques, il faut revenir quarante jours en arrière quand commence «Postul Mare» ou «Postul Paştilor» (le Grand Carême).
«Avant tout le carême est un voyage spirituel et sa destination est Pâques», précisent les orthodoxes. Comme dans le culte occidental, Postul Mare dure 40 jours; mais, contrairement à l'Occident, les dimanches sont inclus dans ce nombre. Le Grand Carême est fixé en fonction de la date de Pâques, qui est une fête mobile. Il commence officiellement un lundi, sept semaines avant Pâques, après «Duminica Izgonirii lui Adam din Rai» (Dimanche de l'expulsion d'Adam hors du Paradis) et se termine le soir de «Sâmbata lui Lazăr» (le samedi de Lazare), la veille du Dimanche des Rameaux, «Duminica Floriilor».
Cependant, les gloutons ne sont pas encore au bout de leurs peines. Le jeûne continue encore une semaine, «Săptămâna Patimilor» (la Semaine Sainte), jusqu'à Pâques !

Cette période de «Post Mare» est caractérisée par l'abstention de certains aliments mais aussi l'intensification de l'aumône, des offices religieux ainsi que de l'effort personnel pour agir en conformité avec la volonté de Dieu.
Les restrictions alimentaires sont assez rigides pour les orthodoxes puisqu’elles interdisent la consommation de toutes les nourritures d’origine animale (poisson, produits laitiers, œufs) mais également du vin et de l’huile. Cependant, le jeûne étant canoniquement interdit le jour de Sabbat et le jour du Seigneur, le vin et l’huile sont autorisés les samedis et les dimanches. Une autre règle explique que si la fête de l’Annonciation, « Buna Vestire » (le 25 mars), tombe durant la période de jeûne, le poisson, le vin et l’huile sont autorisés ce jour-la. On parle alors de «jours déliés» (« zile dezlegate »).

Dans le quotidien et surtout de nos jours, le jeûne n’est, bien entendu, pas respecté de façon scrupuleuse. Beaucoup le réduisent à quelques jours ou à de petits efforts sur les quantités de nourritures. Pourtant, pratiquants ou non, on ne peut ignorer l’entrée en Carême. Les périodes de «post», sollicitent une organisation particulière qui se manifeste de différentes façons notamment dans le paysage urbain. La plupart des commerces placardent, par exemple, leurs devantures d’écriteaux annonçant la vente des nourritures «de Post». Les magasins alimentaires, les restaurants, les pâtisseries ou autres «fast-food» proposent à leur clientèle tout un panel de nourritures spécialement adaptées. A la télévision, à la radio, dans les rues, dans les vitrines, sur les conditionnements, les publicités abondent et informent de l’arrivée des «produits post». Beaucoup de marques alimentaires se félicitent de pouvoir offrir aux clients leurs produits «version post» et de faciliter ainsi leur quotidien. Dans les rues, les pâtisseries et autres «prêt-à-manger» où les citadins viennent se restaurer, on propose «plăcinte»1, «gogoşi»2, «cozonaci»3, feuilletés, sandwichs, saucissons (vive le soja !) et autres nourritures « spécial post». Les librairies mettent en rayon des livres de cuisine spécialement élaborés pour ces périodes de jeûne, de nombreux sites Internet partagent des pages entières de recettes et les magazines féminins à la mode comme «Lumea femeilor» donnent des idées de repas «à la fois diététiques et de post». Bref, c’est la folie !

Cette période se caractérise également par d’autres pratiques. Notamment celles des grands nettoyages. Couvertures, tapis, tapisseries, rideaux draps et tout le linge du foyer est secoué, lavé, séché et repassé. La vaisselle est passée à grand-eau et soigneusement empilée en attente du grand jour. La maison est nettoyée de fond en comble, tout doit être ‘’purifié’’ et paraître neuf. Les plus scrupuleux repeindront même les mûrs! Plus on avance dans le «post» plus on ressent la force de ces fêtes de Pâques. Dans l’air on perçoit le bourdonnement annonciateur d’un grand évènement. Chacun dans une agitation curieusement contrôlée répète les gestes ancestraux. Les plus attentifs remarqueront sur les lèvres, un discret petit sourire, prélude du Grand Jour !

L’importance et la rigueur du Carême dans l’Eglise Orthodoxe est à la mesure de l’importance qu’elle porte à la fête de Pâques. C’est en effet pour la fête de Pâques que se rassemble le plus grand nombre de fidèles dans les pays de tradition orthodoxe. Parfois, bien plus qu'à Noël, contrairement aux pays occidentaux de tradition catholique…

Il va être minuit, nous partons pour l’ «Înviere». Sur le chemin principal qui mène à l’église il fait nuit noire. Pas de panique, il suffit de suivre les autres ! Les villageois sont venus nombreux pour la messe et certains doivent rester dehors. Heureusement pour eux, l’ambiance est si chaleureuse dans la petite église, qu’elle s’est entourée d’un halo. J’observe les lieux. Rien à voir avec nos édifices austères. Dorures, tapis, fleurs et boiseries: j’ai l’impression d’être dans un salon. Sur le mûr de gauche j’aperçois même une grosse montre en plastique qui indique l’heure. Vraiment de tout le confort ! Les heures passent et dans ce cocon de chaleur je me serais presque endormie si subitement les gens ne s’étaient pas pressés vers l’autel. Un cierge dans la main, nous partons chercher la lumière apportée par le «preot». Pour bien se réveiller, un peu d’exercice: trois tours de l’église, bougie à la main.

Tant de monde réuni, mille étoiles dans la nuit. S’est vraiment joli ! Seul point négatif pour un débutant de l’ «Înviere»: apprendre à gérer la cire qui coule sur les mains et la distance avec la manche du voisin. Sinon, c’est merveilleux! De retour dans l’église, dernier chapitre avant la distribution des «Paşti». Dans un récipient que l’on recouvrira d’un linge blanc, le preot verse à chacun le pain et le vin sanctifiés. Dès le lendemain et pendant trois jours, il faudra dès le réveil se laver le visage et manger trois cuillerées de «Paşti» avant de prier. Le rituel effectué on pourra alors commencer à partager, après cette longue période de jeûne, les nourritures festives!
Pour le moment, il est temps de rentrer pour aller se coucher. Dernier repos avant le début de la Grande Fête. Sur le chemin qui nous mène à la maison, de nouveau l'obscurité. Je me guide au son des salutations :

« Hristos a inviat ! Adevarat, a inviat ! »


1 « plăcintă » : sorte de beignet en forme de crêpe généralement fourrées.
2 « gogoaşă » : beignet nature ou fourré.
3 « cozonac » : sorte de brioche traditionnelle

jeudi 19 juin 2008

Timpul cireşelor…

Highslide JS


Le merisier ou ‘‘cerisier doux’’ qui donne des fruits fermes et sucrés comme les Bigarreaux ou les Guignes. Le griottier ou ‘‘cerisier acide’’ dont les fruits plus mous sont acides, pour les griottes, voire acidulés, pour les anglaises. Il existe environ une trentaine de variétés cultivées dans l’hexagone Pour faire plus simple, on parle généralement de ‘‘cerises douces’’ à manger directement sur l’arbre et de ‘‘cerises acides’’ très bonnes en tartes, bocaux ou confitures. Dans les deux cas: «Ce sont des cerises !». En tout cas, c’est ce que je croyais…

Râteaux et faux sur l’épaule, nous partions à la fraîche sur le petit sentier, celui de derrière la maison: activité commune pour tout le village. C’était la période de fauchage. Le ciel bleu immaculé laissait au soleil toute la joie de s’exprimer. La journée s’annonçait caniculaire. Nous enjambions les barrières de bois qui délimitent le terrain en parcelles et dans notre promenade, nous traversions des vergers. Hautes herbes, lumières tamisées. Quelle douce fraîcheur à l’ombre des feuillages ! Quand, en passant sous de beaux arbres lourds de fruits, je m’exclame: «Oh, des cerises !». Silence général et enfin les moqueries qui fusent…
Je suis taxée de ‘‘citadine’’ ou de ‘‘française’’ (en roumain, les deux mots sont synonymes…), incapable de faire la différence entre une pomme et une poire ou entre des cerises («cireşe») et des «vişine» (par respect pour mes amis roumains, je ne traduirai pas ce dernier mot par ''cerises'' griottes).
Pourtant, moi, j’en étais sûre. Quand j’étais petite, la ‘‘tante Hélène’’ prévenait toujours ma grand-mère à cette époque de l’année : «Passez donc avec les cocottes pour cueillir des cerises aigres, les oiseaux les mangent sur l’arbre!». Et bien les cerises de la tante Hélène ressemblaient trait pour trait à leurs «vişine» ! Qu’on me traite de ‘‘citadine’’, passe encore (y’a du vrai…), mais accuser la tante Hélène de ne pas savoir faire la différence entre une pomme et une poire, c’est outrepasser les limites du respect!

Dans un silence absolu je ratissais ma ligne d’herbe. Il ne fallait garder le rythme. Devant nous, les hommes fauchaient, derrière, chacune sur un rang, les femmes amassaient l’herbe, progressant jusqu’aux trois piquets de bois dressés en cône pour former la «Căpiţă». J’observais, admirative ces petites grand-mères aux yeux rieurs, toujours bavardes, porter sur leur dos des tas d’herbe trois fois haut comme elles. Les mains arrachées, les bras en compote, j’étais fière d’avoir appartenu, le temps d’une journée, à leur groupe. Derniers coups de râteaux pour consolider la «Căpiţă», nous partions rejoindre les ‘‘faucheurs’’ déjà installés à l’ombre, un verre de «ţuică» à la main…

Installée dans ce petit Paradis au cœur d’un verger, je regarde briller "Dame Eté" et sa parure de rubis. Cerises ou «vişine», peu importe, en croquant dans cette chair vernissée me voilà transportée dans un petit jardin du nord-est de la France. Perchée sur l’escabot je lance les fruits par poignées dans le panier tenu par ma sœur. Plus haut, dans le potager, mamie et tante Hélène commentent la croissance des salades…

Puisque c’est à cette période que les cerises, premiers fruits de l’année, sont cueillies, le mois de juin est également appelé, dans la tradition roumaine, «Cireşar» ou «Cireşel» (cireşe = cerises). Au mois de juin, les jours sont les plus longs et le ‘‘temps calendaire’’ parallèlement à la végétation arrive à maturité. Les besognes sont diverses: bécher et enterrer les pommes de terres, faucher et mettre l’herbe à sécher, commencer les travaux de moisson, cueillir les herbes médicinales et les premiers fruits des bois. Dans les régions d’activités pastorales, les bergers et leurs troupeaux occupent les vastes prairies pour la «vărat» («vară» = été ; a văra = passer l’été, faire paître)… Pourtant, aussi prometteur que puisse paraître ce premier mois de l’été, aucune certitude concernant les futures récoltes. Un orage, des rafales de vents, des pluies torrentielles accompagnées parfois de grêle peuvent dévaster les champs cultivés ou les vignes.

En roumain, «sânziană» ou «drăgaică» (sud de la Roumanie) qualifie une plante herbacée vivace que l’on connaît, chez nous, sous l’appellation de Gaillet mollugine. Quelques variétés de Gaillets sont également appelées «caille-lait», du fait de la présence d'une enzyme permettant de faire cailler le lait. Dans la tradition populaire roumaine, le nom de cette rubiacée est également celui d’une divinité protectrice des blés et des femmes mariées. Née le jour de l’équinoxe de printemps (le 9 mars selon le calendrier julien) et de la mort de Baba Dochia, «Sânziană» ou "Drăgaică " grandit de façon miraculeuse et atteint sa maturité au solstice d’été (le 24 juin du calendrier grégorien). C’est également à cette époque de l’année que notre Gaillet mollugine donne de petites fleurs blanches. La légende explique qu’en cette journée de solstice d’été, «Sânziană» marche sur la Terre ou vole à travers champs et forêts, accompagnée d’un cortège de jeunes fées. La danse effectuée par cette jolie troupe aurait un pouvoir bénéfique.

Dans la tradition populaire roumaine, la divinité agraire est représentée symboliquement par une couronne de «sânziană» et d’épis de blé. Cette effigie, aux pouvoirs miraculeux, est souvent portée par une jeune fille lors d’une cérémonie appelée «Dansul Drăgacei» (la danse de Drăgaică). La couronne peut être accrochée à la fenêtre, sur le portail, à l’entrée du village ou du cimetière pour protéger les hommes, les animaux et les récoltes des désastres naturels. Les coutumes diffèrent bien sûr selon les zones ethnographiques. La couronne est parfois lancée par dessus le toit de la maison ou de la grange. Selon la façon dont elle retombe ou reste accrochée sur le toit, les villageois peuvent prédire l’avenir. Va-t-on vivre en bonne santé cette année? La mort est-elle proche? Pauvreté richesse dans le foyer? La fille de la maison va-t-elle se marier?

Une autre divinité, masculine cette fois-ci, qui marque dans le calendrier populaire le milieu de l’été agraire et la période des moisson: «Sânpetru de Vară» (Sânpetru d’Eté). Dans le calendrier chrétien, nous le retrouvons sous le nom du Saint Apôtre Pierre. L’image populaire le montre comme un homme ordinaire qui travaille les champs, élève des animaux et s’occupe à la pêche. Son frère, «Sânpetru de Iarnă» (Sânpetru d’Hiver) est considéré comme le patron des loups. Homme très croyant, besogneux et exemplaire, «Sânpetru» est appelé par Dieu au ciel et prend la responsabilité des portes et des clefs du Paradis. A l’occasion des Grandes Fêtes, à Noël, au Réveillon, à l’Epiphanie, pour «Sângiorz» ou «Sânziene», il est possible de l’apercevoir, le ciel s’ouvrant un court instant, on le voit à table, à la droite de Dieu. Sânpetru est le Saint le plus connu du Calendrier populaire. Célébré le 29 juin, sa fête est précédée d’un «post» (jeûne) dont le nombre de jours peut varier. A l’époque, on considérait certains repères cosmiques et terrestres comme annonciateurs de cette fête: le retour entre autres de la constellation "Găinuşei", l’arrêt du chant du coucou, l’apparition des lucioles...

Cinquante jours après Pâques, «Rusaliile» est une fête très importante du calendrier chrétien. Elle doit commémorer la descente de l’Esprit Saint sur les Apôtres. Dans la tradition populaire «Rusaliile» sont des femmes qui grâce aux plantes médicinales peuvent soigner toutes sortes de maladies. Armées jusqu’aux dents, elles punissent sévèrement toutes les personnes qui oseraient travailler durant la semaine. Le lundi qui suit le dimanche des «Rusalii» est réservé aux morts et des repas sont organisés en leur mémoire.

Durant le mois de juin et spécialement en cette semaine de «Rusalii», apparaissent également, dans certaines zones ethnographiques, les «Căluşari». La troupe de jeunes danseurs, s’est constituée selon des règles strictes et une hiérarchie bien déterminée. Le principe de base, pour ces jeunes gens tout habillés de blanc est de représenter la solidarité du village, prenant pour référence la fameuse devise «tous pour un et un pour tous». Le groupe, comme entité construite, représente la collectivité entière, et comme chaque maison est une entité de la communauté, chaque foyer sera visité !

Des colliers de «visine» en parure, des couronnes fleuries pour prévenir les intempéries, un Saint paysan dont la fête fait taire le coucou, des herboristes "en herbes" et leurs pouvoirs de guérison, de jeunes garçons qui dansent pour le retour de l’Eté … C’est sûr, vos mois de juin ne seront plus jamais les mêmes !

mercredi 11 juin 2008

Lupta Curcanilor !

Highslide JS



Je vivrai à la campagne !

Élevée en appartement, j’en garde des séquelles irréversibles: une jambe plus courte que l’autre à force de courir en rond autour de la table, le souci permanent de faire trop de bruit - « hé, les enfants, les voisins!» - une endurance lamentable - le chrono à la main, notre frère nous entraînait ma sœur et moi au 4 mètres haies dans le couloir - et enfin un savoir médiocre sur la faune et la flore de nos régions. Un pigeon s’est bien posé une fois sur le rebord de notre fenêtre. Balthazar, notre chat persan a réussi le vendredi 21 juin 1991 à choper un hanneton sur le balcon. Jusqu'à la fin de ses jours j’ai vu briller dans ses moustaches «la gloire de mon chat». Cependant, un hurlement général l’a probablement convaincu de ne jamais réitérer un tel exploit. Heureusement, notre grand-mère avait une maison. Une maison au cœur de Nancy, soit, mais une maison avec un potager et quelques arbres fruitiers. Des fleurs au printemps pour cacher les œufs de Pâques, des étés pour ramasser fruits et baies, des feux d’automnes après la taille et la terre endormie sous les gelées hivernales. Des moments inoubliables de bonheur, grâce à ce petit bout de terrain urbain. C’est de ces journées passées avec ma grand-mère qu’est né mon amour pour la nature et le désir de vivre un jour à la campagne.
Mon attachement pour la Roumanie vient aussi de là. Mon premier voyage, dès la frontière passée, je voyais s'animer les histoires contées par ma grand-mère devant mes yeux. Les charrettes, les vaches, les oies sur la route, les travaux dans les champs, les enfants qui jouent dehors, une fraîcheur pittoresque et colorée, le rythme de la vie en somme.
C’est dans ce havre intemporel que je bâtirai ma maison! C’était décidé. Des poules pour les œufs, une vache pour le lait, un cheval à brosser, un chien pour aboyer, des chats par milliers… J’y mettrai toute la panoplie du fermier qui se respecte! Dès lors, je profiterai de mes promenades au cœur des campagnes roumaines pour effectuer des observations poussées sur les travaux des champs, les activités pastorales, l’élevage des volailles et du bétail et les tâches quotidiennes de la maison. Si je voulais endosser le costume du véritable «gospodar» (maître de maison), les occupations rurales ne devraient plus avoir de secret pour moi! Seulement voilà... Quand un jour, poursuivant mes études de terrain, j’entrai dans la cour arrière de la maison où gambadent habituellement poules, pintades et autres volailles, le traumatisme se produisit. Mon doux rêve bucolique, mes tendres oiseaux au pennage bigarré picorant joyeusement maïs et jeunes pousses: un peu loin des réalités. Déluge de plumes et piaillements stridents, deux monstres aux serres aiguisées se livraient un duel. Un remake de Matrix, version roumaine ou un combat digne du Secret des poignards volants. Deux monstrueux dindons aux puissantes jambes crochetées bondissaient dans les airs, pirouettaient sur eux même, ripaient sur les murets et dans un désir ardent de meurtre, se jetaient, becs béants, crêtes en arrière, sur l’adversaire. Eclair de lucidité ou instinct de survie, je refermai promptement le portail de bois? Un peu plus et le coup était pour moi! Une horreur!
Et pourtant, pour accéder au statut mythique de «gospodar», impossible de faire "soft". Ne pas procéder à l’égorgement annuel du cochon ou pire encore (je venais de l’apprendre) à l’élevage de dindons sanguinaires. Faire sans, c’était courir le risque de passer, dans tout le village, pour une touriste de bas étage! Résignée, je pris alors la décision de quitter les vastes plaines de l’Ouest pour gagner les Carpates. Les caprins et les ovins apprécient ses vertes collines et le relief n’est pas propice à la culture des céréales… et qui dit «pas de céréales !» dit aussi «pas de grosses volailles!».
Je tiens pourtant à rendre hommage, à travers cette illustration, aux «curcani» (dindons) roumains qui restent, pour moi, une image forte de mes séjours dans le pays. Avec le temps, j’ai appris à mieux les connaître et même à les trouver marrants. Quand ils commencent à se disputer trop méchamment, il ‘‘suffit’’ d’en choper un et de «le mettre au coin» dans le poulailler. Après un temps de réflexion forcée, leur petite tête résignée, on les laisse repartir picorer gentiment chacun de leur côté...
Dans les campagnes roumaines, nous pouvons observer, dans une large mesure, une répartition sexuelle des tâches, doublée d’une répartition spatiale. L’espace de travail des hommes se trouve le plus souvent «à l’extérieur» c’est à dire au-delà de la maison et celui des femmes essentiellement «à l’intérieur» du foyer, la cour augmentant cet espace. Nourrir les volailles, précieusement cantonnées dans la cour derrière la maison, ou traire les vaches, une fois rentrées à l’étable, fait habituellement partis des tâches féminines. Ces occupations sont aussi souvent dévolues aux grands-mères qui restent la journée sur place. En effet, l’organisation familiale en Roumanie est généralement verticale. Sous un même toit vivent le couple «gospodar» et «gospodină», leurs enfants et les grands-parents paternels. Le reste de la famille n'est jamais bien loin : «Tante Cornelia est aussi ma voisine et oncle Costaş habite en bas à coté de l'école... ». Les parents partis travailler en ville, les jeunes enfants restent le plus souvent au village et sont élevés par les grands-parents et la famille élargie. Comme les petits poussins qui grandissent dans le cercle sécurisant de la basse-cour, pour bien pousser, restez ‘‘groupiert’’ !
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lundi 2 juin 2008

Ciobanul-cu-caprele

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Pe munte …


Si j’avais été un garçon, j’aurais été berger! Comme cinquante pourcent des adolescents, j’ai moi aussi, un jour, nourrit le rêve de me retirer dans les montages pour y élever des chèvres ou des moutons, habiter dans une cahute de bois, et apprendre à vivre en harmonie avec la Nature… Cependant, il est toujours préférable, avant de se lancer, de mettre en pratique les belles théories. Une expérience très courte de quatre jours dans un cabanon au cœur des Carpates, peut d’ailleurs remettre rapidement les idées en place…

Le premier jour, bien sûr, vous faites le malin. Les bras croisés derrière la tête, une herbe au coin des lèvres, vous pensez, persifleur : « Et dire qu’en bas, il y a des fous qui se stressent toute la journée au bureau !!! »


Le deuxième jour, les yeux quelque peu boursouflés, vous êtes réveillé part le froid à six heures du matin. Cependant, pas mécontent d’être là au beau milieu des montagnes, vous vous étirez en admirant le paysage: «Et dire qu’à cette heure de la journée, il y a des cinglés qui s’énervent dans les embouteillages ».

Le troisième jour, profitant d’une éclaircie entre deux averses, vous vous promenez d’un pas exagérément enjoué en vous répétant: «Et dire qu’il y a des gens qui vivent dans des cités bétonnées … ». Quand en fin de journée, vous vous exclamez pour la 25ème fois : «Qu’est-ce que c’est beau !!! » on pourrait presque croire que vous cherchez à vous convaincre… Puis arrive le fatidique quatrième jour.

En fin de matinée, terrassé par l’ennui, vous décidez de partir en promenade à la découverte de nouveaux sentiers. Un brin d'inconscience. Vous choisissez l’itinéraire de gauche après la cascade. C’est celui qui mène au premier village. Vous vous abusez en vous racontant que vous trouverez sans doute un petit chemin vous permettant de faire la boucle, mais les yeux écarquillés (il faut dire que ça fait trois nuits que vous dormez à peine), les oreilles grandes ouvertes et les narines dilatées, vous êtes à l’affût du moindre mouvement, du plus petit bruit, d’une odeur, même, qui pourrait vous indiquer la présence d’âme qui vive. Echanger un sourire, un mot, une phrase et puis même, si on insiste, cracher sur les montagnes... mais surtout le faire à deux !!!! A cette pensée, vous accélérez sensiblement le pas. Et puis enfin, longeant un ruisseau, rencontre providentielle, vous tombez sur une petite vieille qui remplit sa gourde. Vous n’êtes pas encore arrivé à sa hauteur qu’elle commence à marmonner quelques paroles. Vous n’avez pas très bien entendu et le «roumain des montagnes» semble plutôt différent de celui que vous avez appris à l’Université… Cependant, la grand-mère s’agite en montrant le ciel qui s’obscurcit, vous en déduisez que le sujet doit porter sur le temps. Vous vous ressaisissez alors et baragouinez quelques mots à votre tour mais, anxieux, vous attendez les conséquences de votre réplique. La grand-mère vous regarde un peu perplexe, mais après un court silence, reprend la conversation avec le même entrain. Vous voilà soulagé. Votre réponse devait tout de même tenir la route. Il vous semble maintenant qu’elle parle d’une fête religieuse qui doit se tenir aujourd’hui au village. Malheureusement pour vous, l’accentuation de sa phrase indique qu’elle vous adresse désormais une question … Le problème c’est que vous n’avez pas tout à fait saisi cette question… Le trop facile «da, da » (oui…oui) ne pourra, ce coup-là, pas vous sauver. Vous sentez bien qu’il faut, cette fois-ci, lui fournir une réponse un peu plus élaborée… Un peu paniqué (mais vous ne montrez rien) vous essayez de visualiser mentalement le calendrier orthodoxe : « Quel foutu Saint Patron peut-on bien célébrer à cette époque de l’année ? » Vous tentez alors le tout pour le tout et sortez un truc… un truc sans doute terrifiant pour une petite vieille venue remplir sa gourde au ruisseau. Elle ouvre grand les yeux, se signe trois fois et trace la route.

J’abrège, en précisant que le clou final est prévu pour le soir. Parvenu au village, détrempé, vous vous offrez le luxe d’aller prendre un Coca au bistro (il vous restait justement trois pièces dans la poche, que vous imaginiez symboliques au départ) et même d’aller aux toilettes. Malheureusement (ou heureusement) vous croisez votre image dans un petit miroir cloué sur la porte des W.C. Les sourcils en broussailles, les cheveux en bataille, c’est un peu le remake de Gorilles dans la brume. A force de copiner avec ses monstrueux singes, Dian Fossey avait fini par leur ressembler. Quatre jours dans les montagnes, et vous, c'est au Yéti... Non seulement ce séjour n’a duré que très peu de temps mais en plus de ça, vous n’aviez pas la responsabilité de stupides chèvres ou moutons qui n’écoutent rien. Résigné et épuisé vous achèverez cette expérience en déclarant : «Après tout, berger, ce n’est un boulot de bonnes femmes !!! » Vous renforcerez vos conclusions, en repensant à Baba Dochia qui voulant changer l’ordre naturel des choses est restée pétrifiée sur les sommets !!! (rf : billet Baba Dochia)

Employant, à bon escient, le conditionnel passé, je reprends donc: «Si j’avais été un garçon, j’aurais été berger !!! ». Mais pas n’importe quel berger, un véritable «Cioban» comme celui que vous voyez sur l’illustration. Appuyé sur son bâton, il n’a pas bougé depuis des heures. Impassible, il observe son troupeau qui, frénétique, arrache les premières herbes tendres du printemps. Telle une «Căpiţă» (tas, meule de foin), accoutré de sa peau de mouton «Blană», les froids mordants et les pluies diluviennes, qui en montagne vous surprennent même en été, ne le feront pas se cambrer d’un iota.

Avril est arrivé. Soucieux, on lève les yeux vers le ciel. Un temps froid et sec à cette période de l’année, annoncerait la misère. Mais cette fois-ci, Avril est clément. On poursuit les semailles de printemps, on clôture les terrains cultivés, on organise les troupeaux et les moutons sont tondus avant la montée dans les montagnes. Enfin on rafistole les abris où le bétail s’abritera des chaleurs estivales et des pluies torrentielles.

Le Calendrier pastoral annonce l’approche de la «Sângiorz» (St George), et les jeunes garçons allument le «Feu Vivant» «Focul Viu» dans les maisons ou dans les bergeries où les animaux viendront paître tout au lond de l'été. Traditionnellement, du bois et un bout de champignon (ganoderme) «Iască» serviront à allumer le Feu Magique dont la fumée purifiera les animaux pour les protéger des malheurs et des «Strigoii» (revenants). Une vache, une brebis ou une chèvre qui ne donne plus de lait a peut-être été la victime d’un «strigoi» venu «lui voler son abondance» («a fure mana») !!! Durant toute la période estivale, le «Feu Vivant» sera entretenu avec soin et jamais il ne devra s’éteindre. Il répand dans son halo chance et protection: auprès de lui, rien de mauvais ne peut vous arriver. De ses précieuses cendres, certains bergers savent encore préparer des remèdes pour soigner les animaux mais aussi les hommes.

Depuis des millénaires, on célèbre, «Sângiorz» (calendirer religieux :Sf Georghe ), le 23 avril, un mois après l’équinoxe de printemps. Il est le détenteur des clefs du ciel qui en libérant le soleil fait venir l’été. Ce n’est qu’à cette date, les agneaux une fois sevrés, que les bergers partiront avec leurs troupeaux dans la montagne. Ils y resteront jusqu’à la fin de la saison, marquée par «Sâmedru » (calendrier religieux : Sf Dimitru), Saint patron de l’hiver pastoral, le 26 octobre. Chaque jour, il faut traire les animaux, administrer les soins nécessaires à leur bonne santé et préparer les produits laitiers à la «stână» (bergerie). Il ne faut pas négliger ces braves petits ovins et caprins, qui durant «l’été stérile» offrent aux hommes un rendement maximum.

Le soir venu, les bêtes rassemblées, restent sous l’œil attentif du vaillant «berger roumain des Carpates». Son propriétaire, s’autorisera peut-être à quitter un instant son mutisme légendaire et vous racontera comment son fidèle compagnon s’est une fois battu contre l’ours. Tous les chiens de garde l’ont au moins une fois croisé, à croire qu’il s’agit d’un critère de sélection pour la race ‘‘carpatine’’ !

La saison s’achève et le berger passe ses dernières nuits à la belle étoile. Au milieu des flammes cuisent les boules de polenta («bulzi») fourrées au fromage, de brebis, bien sûr. Un petit verre ou deux de «ţuică» aidera à faire passer le tout: les «bulzi» et la nuit.

Le jour à peine levé, la descente des troupeaux marquant la fin de l’été est déjà amorcée. Quand, après une bonne journée de marche, le berger atteint son village où tous les habitants se sont rassemblés pour l’accueillir, il n’est pas peu fier. Cependant, feignant l’indifférence, son regard reste droit et il mène ses animaux avec maestria. Cette année, les bêtes ont donné du lait en abondance et reviennent après leur saison au grand air dans une forme olympique. Bâton en main, sa peau de mouton sur l’épaule, son chapeau vissé sur la tête, vous le voyez arriver sur ses trois jambes. Dans ses yeux toujours plissés à force de guetter ses brebis, vous verrez luire encore les vertes pâtures, danser les grandes herbes, briller les nuits étoilées et scintiller le «Feu Vivant»: «Focul Viu».